Lettre ouverte à Monsieur François Hollande

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République française

Monsieur le Président,

La France et le Luxembourg sont liés par des relations d’amitié aux multiples facettes. Les échanges politiques, économiques, scientifiques et culturels ont une longue histoire et contribuent positivement au développement de nos deux pays. Votre visite actuelle en est une preuve importante.

Le Luxembourg et ses citoyens aiment et apprécient votre pays. Toutefois il existe un point de désaccord considérable qui pèse lourdement sur le quotidien des résidents luxembourgeois et le bon voisinage entre nos deux pays. Il s’agit bien évidemment de la question de la centrale nucléaire de Cattenom.

Permettez-moi de rappeler les faits historiques. Dans les années 1970, la société civile luxembourgeoise s’était mobilisée contre la construction d’un réacteur nucléaire luxembourgeois à Remerschen, dans le sud-est du pays et le gouvernement de l’époque a finalement abandonné le projet au printemps 1978. Or, à peine un an plus tard, la construction d’une centrale nucléaire avec in fine quatre réacteurs a commencée à Cattenom, à huit kilomètres de notre frontière. Dès le raccordement au réseau du premier réacteur en 1986, peu après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, la centrale nucléaire de Cattenom continue à être une menace existentielle pour notre pays et qui s’aggrave avec le vieillissement des réacteurs.

Quatre ans après le drame de Fukushima, 150.000 personnes ne sont toujours pas rentrées chez elles et bien probablement ne pourront jamais le faire. À ce jour, les meilleurs experts internationaux n’arrivent toujours pas à identifier les mesures appropriées pour contenir la contamination. Fukushima, tout comme Tchernobyl, restera gravé dans les esprits des résidents luxembourgeois et leur inquiétude est légitime. En cas d’accident nucléaire majeur à Cattenom, tout le sud du Luxembourg ainsi que la capitale, se situent dans un périmètre de 25km et seraient indubitablement affectés. Au moins 150.000 citoyens seraient obligés de quitter leur foyer et l’économie du pays, largement concentrée au sud, serait ravagée.

Malgré tout, la possibilité de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires – et donc aussi de Cattenom – à 50 voire 60 ans est en cours de discussion en France. Cette possibilité nous apparait d’autant plus choquante que ces installations n’ont jamais été conçues pour une telle durée de vie. Dans le cas de Cattenom, on parlait à l’époque de la mise en service d’une durée de vie de 30 ans. Toute prolongation de Cattenom ne mettrait donc non seulement en péril la vie de vos propres citoyens français, mais aussi de vos voisins. Permettez-moi d’insister sur le fait qu’une telle prolongation sera parfaitement inadmissible pour le peuple luxembourgeois, considérée comme contraire au principe de bon voisinage et une menace pour notre souveraineté.

Comme estimé par l’ancien président de l’Autorité de sûreté nucléaire André-Claude Lacoste lors de son audition au Sénat français le 3 avril 2012, le coût d’un accident nucléaire important en Europe pourrait s’élever entre 600 et 1000 milliards d’euros. Il poursuivait d’ailleurs en indiquant qu’un petit pays « n’y résisterait pas ». En effet, une telle somme représente de 12 à 20 fois le PIB du Grand-Duché de Luxembourg.

Ces arguments ne sont pas nouveaux, mais le contexte politique et économique me semble à présent propice pour la fermeture de la centrale de Cattenom alors que votre pays souhaite aujourd’hui s’engager sur la voie de la transition énergétique. D’une part, la loi sur la transition énergétique prend en compte le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Or, les énergies renouvelables sont parvenues à des réductions de coûts spectaculaires ces dernières années et sont à présent moins onéreuses que l’énergie nucléaire. D’autre part, la loi sur la transition énergétique prévoit le plafonnement de la puissance du parc nucléaire français, puis la réduction de la forte dépendance française à l’énergie nucléaire.

Au moment de votre élection, vous avez vous-même promis de réduire de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité. Au-delà des paroles, il est grand temps d’agir. Afin d’être crédible, cet engagement de la France doit se traduire en actes concrets, dont non seulement la fermeture des réacteurs les plus âgés, mais aussi la fermeture à court terme des centrales nucléaires situées à proximité de vos frontières, comme celle de Cattenom.

Toute autre décision politique mettrait en doute la sincérité de la transition énergétique française et serait préjudiciable aux relations de voisinage entre nos pays.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l’assurance de mes salutations très distinguées.

Claude Turmes

Député européen

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