Fini les pesticides dans les zones d’intérêt écologiques!

Chaque jour, nous entendons parler de la perte de biodiversité. L’Union européenne s’efforce néanmoins à ralentir le processus.

Ce mercredi 14 juin, le Parlement européen a décidé d’interdire les pesticides sur les zones d’intérêt écologique. Ces zones étaient initialement destinées, dans le cadre de la dernière réforme de la politique agricole commune (PAC) de l’union européenne, à ramener la biodiversité sur une toute petite partie des fermes conventionnelles (5% des terres arables) en protégeant les écosystèmes, utiles pour l’agriculture. Pour protéger les intérêts de l’industrie des pesticides, un groupe de députés conservateurs a tenté de faire voter une objection à cette interdiction en session plénière. Heureusement, la majorité des députés se sont exprimés contre cette objection et donc pour la biodiversité, pour les abeilles et pour le futur de l’agriculture.

Faire en sorte que la biodiversité fonctionne pour les agriculteurs est bon pour les agriculteurs, bon pour les abeilles, bon pour le climat, bon pour l’économie,… et tout cela est bon pour l’humain. Il a été démontré[1] que la biodiversité dite «fonctionnelle» des exploitations augmente  les rendements de 12% pour le blé, 26% pour les pois, 32% pour les carottes.

Alors, comment ça marche? En ne citant que quelques exemples, un accroissement en biodiversité mène à une augmentation de l’efficacité de la pollinisation car plus il y a de fleurs (ou « mauvaises herbes ») et moins de pesticides,  plus il y aura de pollinisateurs; un autre exemple est que sans pesticides nous assistons à une plus grande régulation des populations de parasites des cultures par les prédateurs naturels, de sorte qu’ils sont sous contrôle et ne profilèrent pas (comme par exemple les coccinelles qui mangent des pucerons). La biodiversité fonctionnelle dépend aussi du nombre d’espèces bénéfiques dans le sol qui défendent les cultures et contribuent à fournir des nutriments à leurs racines. Et ainsi de suite.

La règle générale est la suivante: plus l’abondance et la variété des espèces sont nombreuses, plus résistantes sont ces fonctions émergentes de l’écosystème, fournies «gratuitement» pour les agriculteurs. Tel est le fondement de ce qu’on appelle «agroécologie».

Ces fondements sont déjà appliqué dans l’agriculture biologique, considérée comme «écologique par définition». Mais dans les systèmes agricoles conventionnels le manque de fertilité naturelle, de productivité et de lutte antiparasitaire est remplacé par la dépendance aux intrants chimiques. Il faut donc désespérément renforcer ces processus tels que la pollinisation, la formation du sol, le cycle des nutriments et la séquestration du carbone, le cycle de l’eau permettant de réduire le risque d’inondation et de sécheresse, ainsi que le contrôle des populations de ravageurs par prédation, afin d’être plus résistant aux changements climatiques et d’assurer une productivité à long terme.

En créant les zones d’intérêt écologique, les terres agricoles existantes sont rendues plus efficaces et productives- leur but étant de protéger la biodiversité nécessaire à l’agriculture et non « d’enlever des terres agricoles » comme les perçoivent les certains eurodéputés conservateurs. Nous regrettons qu’ils n’aient pas de vue d’ensemble et suivent les arguments de l’industrie agrochimique qui ne veut rien changer à l’actuelle dépendance extrême aux pesticides, qui leur permet de faire des bénéfices au détriment de la biodiversité.

Lorsque la Commission a proposé des règles de verdissement appropriées en interdisant les pesticides sur les zones d’intérêt écologique, nous en étions ravis: nous l’avions réclamé lors de la dernière réforme de la PAC. Avec une douzaine de mesures de simplification également incluses dans cet acte délégué qui rendra la vie plus simple aux agriculteurs-trices et aux administrations qui appliquent les règles relatives au verdissement de la politique agricole commune (PAC) à l’Union européenne, la Commission européenne affiche pour une fois une volonté politique éclairée et forte.

Nous félicitions tous les eurodéputés qui ont fait le choix de voter contre la motion de rejet pour avoir voté en faveur de la biodiversité et contre les pesticides dans ces zones d’intérêt écologique. En tant que Groupe de Verts, nous nous efforcerons de créer des alliances dans la future réforme de la PAC et de la politique alimentaire pour protéger la fertilité intrinsèque de nos systèmes de production alimentaire et préserver la productivité à long terme grâce à l’agroécologie.

 

[1]https://ec.europa.eu/eip/agriculture/sites/agri-eip/files/eip-agri_fg_ecological-focus-areas_final-report_en.pdf cf. Wäckers et al.

 


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