3 questions à Bertrand Piccard sur le premier avion solaire à voler autour du monde

Monsieur Piccard, le projet de faire le tour du monde en avion solaire a été qualifié de fou, d’irréalisable… et pourtant vous l’avez fait. D’où vous est venue cette idée ?

Mon père a été un des pionniers de l’écologie marine en démontrant l’enjeu crucial de la protection des fonds marins lors sa descente en Batiscaphe (le sous-marin à cabine pressurisé imaginé des années plus tôt par mon grand-père) dans la fosse des Mariannes. J’ai grandi entouré des astronautes de la NASA, et ai même assisté en direct au premier décollage pour la Lune…Je baigne dans la science et l’exploration depuis mon enfance pour ainsi dire !

En grandissant, j’ai voulu aller chercher dans l’exploration un sens plus humaniste, au-delà de la découverte de nouveaux territoires. C’est finalement juste avant de boucler mon tour du monde en ballon sans escale, en 1999, que j’ai eu l’idée d’un avion solaire à l’autonomie perpétuelle.

Après 20 jours en vol, nous avions réussi à nous poser in extremis en Egypte, à deux doigts de devoir couper court à notre aventure à cause d’une pénurie de propane qui menaçait d’éteindre nos bruleurs. J’avais été le témoin des limites des énergies fossiles en quelque sorte. Je me suis alors promis de réaliser un autre tour du monde, mais cette fois, sans aucune dépendance en carburant ! La vision de Solar Impulse était née, celle d’un ambassadeur des énergies propres, une arme efficace pour faire rêver et inspirer un futur meilleur, libre des ressources fossiles qui avaient manqué de me faire défaut.

Comment avez-vous vécu cette expérience ? Est-ce que cela a été difficile, gratifiant ?

Évidemment, au début, on m’a pris pour un fou. Je n’avais ni argent, ni équipe et aucune compétence en ingénierie aéronautique. Pour faire décoller le projet, j’ai dû motiver plus de 60 partenaires, qui ont apporté l’argent et les technologies nécessaires. Parallèlement, il a fallu une équipe d’ingénieurs aguerrie, dirigée d’une main de maître par mon partenaire André Borschberg. 13 ans de recherche, de conception, de calculs complexes, de simulations, de construction, de tests et de vols d’entraînement dans un domaine à peine exploré. Pas très gratifiant pour un début ! Un marathon, un défi de longue haleine qui m’a permis de repousser mes propres limites et d’évoluer comme jamais.

Au final, les revers ont été à la mesure des succès : de voir l’engouement de milliers de personnes qui se pressaient pour voir l’avion et nous rencontrer à chaque étape, de mesurer l’impact que ce projet a pu avoir, sa capacité devenir une plateforme médiatique pour porter un message d’espoir – parfois même jusqu’aux plus hautes instances gouvernementales. C’est ainsi que j’ai pu échanger en direct, depuis le cockpit de l’avion en vol au-dessus de l’Océan Pacifique, avec Ban Ki-Moon, l’ancien Secrétaire Général des Nations-Unies, lors de la signature de l’accord de COP21 à New York.

Solar Impulse- quel était le but de cette aventure ?

Avec Solar Impulse je voulais mettre l’exploration et la technologie au service de la cause environnementale. Aujourd’hui le développement durable est encore trop souvent associé à décroissance et à des technologies couteuses et immatures. L’avion et le tour du monde étaient une première étape dans la réalisation de ma vision d’un futur respectueux de l’environnement, où nos vieux systèmes polluants seraient remplacés par des solutions efficientes qui réconcilieraient économie et écologie afin de combattre efficacement le changement climatique tout en stimulant la croissance et en améliorant notre qualité de vie.

Aujourd’hui nous avons une crédibilité. Nous avons attiré l’attention aux quatre coins du monde en prouvant qu’on pouvait réaliser l’impossible grâce à l’esprit pionnier, à l’efficience énergétique et aux technologies propres.

Nous pouvons maintenant commencer à travailler pour que cet esprit pionnier et d’innovation s’applique partout dans nos industries, nos académies ou nos institutions. Ce sera aussi au monde politique, dont le Parlement Européen, de mettre en place un cadre légal adapté qui favoriserait l’implémentation massive de ces solutions efficientes à travers le monde.

C’est dans ce but que j’ai créé l’Alliance Mondiale des Solutions Efficientes.

Jusqu’à présent, il n’existait encore aucune organisation de ce type, qui rassemble les parties prenantes du secteur dans le monde entier. L’Alliance réunira des entreprises start-up, des entreprises, des institutions et des organisations qui produisent, mettent en œuvre ou soutiennent l’utilisation de solutions technologiques – ou tout simplement logiques – permettant de diminuer l’impact négatif de notre économie sur l’environnement tout en améliorant la qualité de vie. Ensemble, les membres partageront leurs expériences et créeront des synergies afin d’améliorer la chaîne de valeur globale et de présenter des solutions efficientes et concrètes pour aider les différents membres à atteindre leurs objectifs en les conseillant en fonction de leur situation spécifique.

 

Claude Turmes, député vert au Parlement européen et le groupe parlementaire déi gréng vous invitent cordialement à la projection du film

« Solar Impulse- l’impossible tour du monde »

le 16 mars 2017 à 18.30 en présence de l’aéronaute Bertrand Piccard.

L’invitation à la projection du film peut être trouvée en suivant ce lien:  Invitation Solar Impulse

Pour assister à la séance une inscription est obligatoire.  


Les dernières actualités